C'est un drôle de moment dans la vie. Comme la mort du
pape, la destruction du WTC, un borgne au deuxième tour.
Un de ces moments pour lesquels on se souvient avec précision où et avec qui l'on se trouvait...
Un de ces moments qui marquent, parce qu'il font partie de la vie collective, parce qu'ils fascinent. A chaque fois scotché à la télé, zappant de chaînes en chaînes pour revoir encore et encore
les mêmes images.
Un de ces moments durant lesquels le temps, les conventions, les priorités sont suspendus.
Hier soir en rentrant du bureau, en sortant de la douche, ma compagne qui m'annonce que Betancourt vient d'être libéré. I-télé, BFM, LCI, l'information continue est pour une fois en directe
absolu. On boit les paroles de journalistes qui n'en savent pas plus que nous. Les chaînes enchaînent des images qui n'auraient pas eu droit d'antenne en d'autres circonstances, un hélicoptère
filmé au téléphone portable? Les journalistes bafouillent, ne savent plus faire de phrases, s'empêtrent à ne rien dire. Et nous les regardons, fascinés, en communion.
Fin de première partie de soirée, les grandes antennes lancent le flash spécial, PPDA et Pujadas ont été rappelés. L'antenne est sauvage, à l'image de l'arrivée de Betancourt sur le Tarmac. On
essaye d'organiser quelque chose mais au final c'est l'émotion qui prend le dessus. Les invités ne sont pas maquillés, les inserts téléphonique inaudibles, les présentateurs montrent leurs
émotions.
C'est ce qui compte, l'émotion, la vraie, celle de voire une famille recomposée. Tout le reste, les effets de bords de l'événement, prendront le pas plus tard. C'est à ce moment là, que les
choses deviendront sordides. Lors des tentative de récupération, de la retombée de la pression générale générée par la situation. Imaginez pour la famille, les enfants au discours si construit,
si su, si systématique. Aviez vous déja prêté attention à la forme dont Mélanie puis Lorrenzo usaient à chaque interview. Semblables, frère et soeur, à croire que l'un avait tout apprit
de l'autre. Dans le ton, le rythme, jusqu'au vocabulaire et à la syntaxe.
Conditionnés à attendre un événement si improbable, que vont-ils devenir maintenant qu'ils rentrent en possession de leur vie?
Que va t-il se passer dans les sphères non familiales quand Ingrid Betancourt, que la captivité n'a pas l'air d'avoir mué, l'ouvrira bien grand face à ceux qui ont parlé en son nom depuis 6
ans.
Que va t-il se passer pour nous, qui faisons partie de l'histoire, lorsque la place détenue par la Franco-Colombienne dans notre empathie sera définitivement vide? Qu'elle cause adopterons
nous? Avant Ingrid, il y avait Florence, avant Christian et George, avant eux Jean-Paul et les Marcels... jusqu'où remonter? Qui sera le/la prochain(e)?
On s'émeut et c'est tant mieux, on est humain en fait, que faire quand problème et solution sont si proche? Comment s'indigner de nos propres agissements? Comment avancer?
Uniquement des questions pour terminer cette note bien éloignée du quotidien de la société, quoique, elle a mûri toute la journée. On est humain, j'ai réussis à donner de l'émotion à un client
institutionnel en livrant un film, pourtant, aujourd'hui, la concurrence était rude.